"Mon ex est un pervers narcissique"
Un terme devenu un piège
Avant de commencer…
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Précision importante ⚠️ : je sais que ce sujet est sensible, parfois même inflammable. Les pervers narcissiques existent, et les personnes qui ont vécu ce type de relation peuvent en sortir profondément abîmées. Ce texte n’a évidemment pas pour but de minimiser ces réalités. Mon objectif est plutôt de prendre un peu de recul sur la place qu’a pris ce terme dans notre manière de parler des relations aujourd’hui, et d’examiner ce qui se passe quand un concept psychologique devient une explication presque automatique de nos ruptures.
C’est probablement la phrase que j’entends le plus souvent dans mon métier.
Dans mes coachings.
Dans les messages que je reçois.
Dans les témoignages.
La phrase arrive souvent très vite dans le récit.
« Mon ex est un pervers narcissique. »
Et à chaque fois, il se passe la même chose dans ma tête.
Une petite alarme intérieure s’allume.
Pas parce que je pense que la personne ment.
Pas parce que je minimise ce qu’elle a vécu.
Mais parce que je me pose immédiatement une question :
Est-ce vraiment le bon mot ?
Car ce terme est aujourd’hui absolument partout.
Quand un mot envahit Internet
Ce graphique provient de Google Trends.
Google Trends est un outil qui permet d’observer l’évolution des recherches effectuées sur Google. Plus la courbe monte, plus les internautes tapent ce mot dans le moteur de recherche.
Et ce graphique raconte une histoire très intéressante.
Pendant longtemps, presque personne ne cherchait le terme « pervers narcissique ».
Puis vers 2010, les recherches commencent à exploser.
Le mot sort progressivement du monde de la psychanalyse pour entrer dans la culture populaire.
Articles.
Livres.
Vidéos YouTube.
Posts Instagram.
Podcasts.
Et un événement culturel a aussi contribué à populariser cette notion auprès du grand public.
En 2015, le film Mon Roi de Maïwenn, avec Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot, rencontre un immense succès.
Le film raconte une relation amoureuse passionnelle et destructrice, et beaucoup de spectateurs y voient l’illustration parfaite d’une relation avec un « pervers narcissique ».
À partir de ce moment-là, le terme commence à circuler beaucoup plus largement dans les médias, les magazines et les discussions sur les relations.
Peu à peu, il devient une grille de lecture très répandue des ruptures amoureuses.
D’où vient réellement ce terme ?
Le terme « pervers narcissique » n’est pourtant pas né sur les réseaux sociaux.
Il a été popularisé dans les années 1980 par le psychiatre et psychanalyste français Paul-Claude Racamier.
Racamier cherchait à décrire un type très particulier de personnalité caractérisé par :
une manipulation psychologique constante
une absence profonde d’empathie
un besoin de domination psychique
une incapacité quasi totale à se remettre en question
Dans sa description, il ne s’agit pas simplement d’une personne difficile ou immature.
Il s’agit d’une structure psychique spécifique, capable de détruire psychologiquement son entourage.
À l’origine, ce concept était utilisé avec beaucoup de prudence, principalement par des professionnels de la santé mentale.
Mais en quelques années, il s’est diffusé dans l’espace médiatique… jusqu’à devenir aujourd’hui un mot que beaucoup de personnes utilisent pour décrire leur ex.
Quand un concept devient un aimant à audience
Il faut aussi être lucide.
Si ce sujet est partout, ce n’est pas seulement parce qu’il correspond à une réalité.
C’est aussi parce qu’il attire énormément d’attention.
Les contenus sur les pervers narcissiques font souvent des millions de vues.
Les articles sur ce sujet sont très partagés.
Les newsletters avec ce mot dans le titre sont beaucoup plus ouvertes.
Voici un exemple concret.
On voit ici les six dernières newsletters d’un love coach très connu.
Sur ces six emails, le mot « narcissique » apparaît quatre fois dans les titres.
De même pour les vidéos :
Ce n’est évidemment pas un hasard.
Quand un sujet fonctionne, les créateurs de contenu le savent.
Les algorithmes aussi.
Et très vite, un phénomène se met en place : le sujet est répété encore et encore.
Le problème, c’est que lorsqu’un concept est omniprésent, il finit par occuper une place disproportionnée dans notre esprit.
Pourquoi ce mot séduit autant
Si ce terme s’est autant répandu, ce n’est pas seulement pour des raisons médiatiques.
Il répond aussi à une vraie détresse.
Quand une relation se termine mal, il y a souvent :
de la douleur
de l’incompréhension
de la confusion
On repasse la relation en boucle dans sa tête.
Pourquoi il a fait ça ?
Pourquoi il a changé ?
Pourquoi il m’a traité comme ça ?
Le cerveau humain déteste une chose :
l’incompréhension.
Quand quelque chose nous a profondément blessés, on cherche désespérément une explication.
Et le concept de pervers narcissique apporte alors quelque chose de très puissant :
une explication simple.
Si mon ex est un pervers narcissique, tout devient logique.
Les mensonges.
Les contradictions.
Les changements d’attitude.
Tout trouve enfin une cohérence.
Et surtout, la souffrance prend un sens.
Et ce besoin de sens est profondément humain.
Mais c’est aussi là que le piège peut commencer.
La paranoïa relationnelle
Il existe un phénomène psychologique bien connu.
Lorsqu’on est exposé très souvent à une idée, on finit par la voir partout.
Les psychologues parlent notamment de :
biais de confirmation
effet de fréquence
Le mécanisme est simple.
Quand une idée s’installe dans notre esprit, notre cerveau commence à chercher tout ce qui confirme cette idée.
Les éléments qui la contredisent passent au second plan.
C’est le même phénomène que pour les accidents d’avion.
Lorsqu’un crash fait la une des médias, la peur devient très forte.
On a soudain l’impression que l’avion est extrêmement dangereux.
Pourtant, les statistiques montrent l’inverse.
L’avion reste l’un des moyens de transport les plus sûrs au monde.
Mais notre cerveau retient surtout les événements :
rares
spectaculaires
émotionnellement marquants.
Les histoires de relations avec des pervers narcissiques fonctionnent exactement de la même manière.
Quand elles existent, elles sont extrêmement marquantes.
Manipulation.
Confusion.
Souffrance.
Ces histoires circulent beaucoup.
Elles sont racontées.
Partagées.
Relayées.
Résultat : elles occupent une place énorme dans notre imaginaire collectif.
Et progressivement, certaines personnes développent ce que j’appelle :
une paranoïa relationnelle.
On analyse tout.
Un silence devient suspect.
Une distance devient une manipulation.
Une contradiction devient un signe de perversité.
Et peu à peu, on peut finir par avoir l’impression que ces profils sont partout.
Alors que, statistiquement, ils restent rares.
Le problème mathématique
Essayons de regarder les choses plus froidement.
Les études sur les troubles de la personnalité estiment que le trouble de la personnalité narcissique concerne environ 1 à 2 % de la population.
Même en élargissant aux formes proches ou sévères, on dépasse rarement 3 à 4 %.
Autrement dit : 96 % des gens ne sont pas des pervers narcissiques.
Faisons un raisonnement simple.
Si vous avez eu :
trois relations sérieuses
cinq relations sérieuses
même dix relations dans votre vie
la probabilité ne serait-ce que l’un de vos ex soit un pervers narcissique devient statistiquement très faible.
Ce n’est pas impossible.
Mais ce n’est probablement pas ce qui s’est passé.
On peut avoir des comportements toxiques sans être un pervers narcissique
C’est une nuance fondamentale.
Une personne peut :
mentir
manipuler
faire du chaud et froid
fuir les conflits
manquer d’empathie
blesser profondément quelqu’un
…sans pour autant être un pervers narcissique.
La différence est essentielle.
Il faut distinguer :
un comportement dysfonctionnel
une structure de personnalité pathologique
Dans beaucoup de relations, les comportements blessants viennent plutôt de facteurs très courants :
immaturité émotionnelle
peur de l’engagement
peur de l’abandon
blessures affectives anciennes
modèles relationnels appris dans l’enfance
incapacité à communiquer ses émotions
Dans ces situations, la personne peut faire beaucoup de mal.
Mais ce n’est pas nécessairement une stratégie consciente de manipulation.
Souvent, la réalité est plus simple : la personne ne sait pas aimer correctement.
Elle agit mal parce qu’elle est immature, maladroite, ou dépassée par ses propres peurs.
Et cette distinction est cruciale.
Car dans ce cas, il peut y avoir :
une prise de conscience
une remise en question
une évolution
Dans le cas d’une personnalité perverse et narcissique, la situation est très différente.
La manipulation n’est pas accidentelle.
Elle est au cœur du fonctionnement psychique.
Autrement dit, ce n’est pas un accident relationnel.
C’est un mode de fonctionnement durable.
Le piège des diagnostics sauvages
Qualifier quelqu’un de pervers narcissique n’est pas anodin.
Ce n’est pas simplement dire :
« cette personne s’est mal comportée ».
C’est dire : cette personne possède une personnalité pathologique.
Et aujourd’hui, on voit apparaître un phénomène dangereux :
les diagnostics sauvages.
Chacun devient expert.
Chacun pose des diagnostics.
Chacun analyse les relations des autres.
Et cette étiquette peut devenir extrêmement enfermante.
Pour l’autre.
Mais aussi pour vous.
Car elle installe souvent une position particulière : celle de la victime.
Or une victime n’analyse plus.
Si tout s’explique par la pathologie de l’autre, il n’y a plus de dynamique relationnelle à comprendre.
Plus de schémas à observer.
Plus de remise en question.
Et sans cette réflexion, il devient très difficile d’évoluer.
Que faire si vous pensez être face à un pervers narcissique ?
Si vous rencontrez une personne qui semble correspondre à beaucoup de critères décrits dans les profils pervers narcissiques, le meilleur réflexe n’est pas de poser vous-même le diagnostic. Ni d’en parler à des proches qui n’y connaissent pas grand chose.
Le meilleur réflexe est d’en parler à un professionnel qualifié :
psychologue
psychiatre
thérapeute expérimenté
Ces professionnels sont formés pour analyser ces situations avec recul.
Ils pourront vous aider à comprendre ce qui se passe réellement et à prendre les décisions nécessaires pour vous protéger.
Une dernière chose
Nous vivons dans un monde saturé de méfiance.
Partout, on nous apprend à repérer les red flags.
À analyser les comportements.
À traquer les pervers narcissiques.
Les réseaux sociaux amplifient tout cela.
Les algorithmes aussi.
Et peu à peu, le dating ressemble à une enquête permanente.
Chacun observe.
Chacun interprète.
Chacun se méfie.
Alors l’idée de cette newsletter était simplement celle-ci : prendre un peu de recul.
Arrêter de zoomer sur chaque détail pour vérifier si la personne en face est un pervers narcissique.
Et revenir à quelque chose de beaucoup plus simple.
Le bon sens.
Quelqu’un qui peut se tromper.
Quelqu’un qui peut parfois être maladroit.
Quelqu’un qui peut blesser… mais qui sait reconnaître ses torts.
Quelqu’un qui s’excuse.
Quelqu’un qui essaye de faire mieux.
Des gens imparfaits, mais honnêtes.
Ce n’est pas spectaculaire.
Ce n’est pas un concept psy compliqué.
C’est même souvent beaucoup plus simple que ce que l’on imagine.
Parce qu’à force de vouloir diagnostiquer les autres, on finit parfois par oublier une chose : les relations sont faites d’êtres humains imparfaits.
Et si chacun commence à distribuer des étiquettes psychiatriques à la moindre blessure, il ne faudra pas s’étonner que ces étiquettes circulent.
Et qu’un jour ou l’autre, la prochaine personne que quelqu’un qualifiera de “pervers narcissique”… pourrait bien être vous.
Alors que vous ne serez qu’une personne imparfaite… qui a fait une erreur.
Comme 96% d’entre nous ❤️






